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Comment travaillera-t-on en 2049 ?

Comment travaillera-t-on en 2049 ?

Source : L’Obs par Baptiste Legrand

Dans trente ans, certains de nos collègues seront des robots et des intelligences artificielles. Beaucoup de métiers auront disparu ; d’autres émergeront, fruits de l’essor scientifique. Mais, au final, la nécessaire sobriété énergétique tranchera.

Un hologramme vient de s’asseoir à côté de vous. C’est votre collègue Léopold : comme il travaille à domicile, il se fait représenter par son avatar numérique. Au menu de la réunion, la conception d’une nouvelle génération d’exosquelettes, qui augmentera encore les capacités physiques des manutentionnaires dans les entrepôts.

En sortant du bureau, après vos quarante-cinq minutes de formation quotidienne, vous passez devant un bâtiment encore en construction. Maçons et couvreurs posent les panneaux d’un revêtement dernier cri, capable de capter l’énergie ambiante de l’atmosphère. Dans quelques mois ouvrira ici un labo de culture d’organes humains. A la maison, un colis vous attend. Monsieur Sanzot, votre boucher préféré, vous a expédié de délicieux steaks à base de protéines d’insectes.

En 2049, les métiers que nous connaissons se seront transformés, d’autres auront été inventés. Les enfants aujourd’hui scolarisés en maternelle exerceront, pour les deux tiers d’entre eux, une profession qui n’existe pas encore, selon un rapport du Sénat.

Les « aspironauticiens » élimineront les déchets en orbite dans l’espace ; les « robhumaneurs » géreront les conflits entre les hommes et les robots ; les « circlonomistes » développeront l’économie circulaire ; les « clapotiseurs » feront le tri dans la cacophonie des informations numériques, pour reprendre quelques-uns des exemples imaginés par Anne-Caroline Paucot dans « Dico des métiers de demain. 100 métiers du futur » (Editions Propulseurs).

Combien de ces métiers verront le jour ? Les experts en prospective restent prudents. « Les transitions auxquelles nous sommes confrontés sont contradictoires et très incertaines sur le plan de la diffusion des technologies », souligne Cécile Jolly, de France Stratégie. Car une innovation ne se généralise que si elle est assez rentable pour justifier de lourds investissements. « Il faut aussi se poser la question de l’acceptabilité sociale d’un changement, notamment dans la relation avec le client ou, dans le secteur de la santé, dans la relation avec le patient. » Serons-nous prêts à laisser la garde des enfants ou des seniors à une nounou robotisée ? Et puis, s’interroge Cécile Jolly : « Est-ce que nous saurons trouver un équilibre entre les contraintes environnementales que nous nous imposerons et leurs conséquences sociales ? ». Nul ne sait si les réglementations écologiques ne prendront pas le même chemin que la taxe carbone, violemment rejetée.

10 % à 15 % des postes actuels menacés d’ici à 10 ans

Des tendances fortes se dessinent tout de même à l’horizon 2030, selon France Stratégie. Les métiers du bâtiment et de l’efficacité énergétique auront le vent en poupe. Il faudra isoler les logements, poser des capteurs dans les maisons connectées…

Une partie des nouveaux métiers sera issue de professions existantes qui auront évolué en se spécialisant – comme les informaticiens d’il y a vingt ans, aujourd’hui segmentés entre ingénieurs réseau et ingénieurs logiciels. Il y aura à l’inverse des phénomènes d’hybridation, lorsque deux métiers ne feront plus qu’un, à l’image du « datascientiste », fusion du développeur informatique et du statisticien.

Et puis il y a les métiers menacés : de 10 % à 15 % des postes actuels, les plus répétitifs et les plus standardisables, devraient disparaître d’ici à dix ans sous les effets de l’automatisation et de la robotisation, selon France Stratégie. Dans le secteur de la banque, par exemple, où la vente en ligne remplace déjà les agences. Ou dans les activités de maintenance : les capteurs et l’intelligence artificielle permettent de développer la maintenance prédictive et de réaliser des réparations à distance.

On aurait tort de noircir le tableau, estime toutefois Michel Héry, de la mission veille et prospective de l’Institut national de recherche et des sécurité (INRS) : « A quelque moment de l’histoire que l’on se place, on a toujours vu les emplois qui étaient menacés sans pouvoir identifier ceux qui allaient apparaître. Or, il n’y a jamais eu de hausse massive du chômage liée à une innovation technologique. L’innovation permet de dégager de la plus-value, de répondre à de nouveaux besoins, d’employer les gens à des métiers différents. »

A condition de se poser un certain nombre de questions. Allons-nous adapter les robots pour qu’ils aident les hommes… ou bien l’inverse ? Michel Héry rappelle l’échec de l’usine sans humains imaginée par Elon Musk pour ses véhicules Tesla : « Ça n’a pas marché car la robotique n’était pas assez au point. Alors il a fallu introduire des humains sur des chaînes de production prévues pour les robots. Elles n’étaient pas adaptées à l’homme, d’où une explosion du nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles. »

« Les entreprises devront apprendre la frugalité »

Même interrogation concernant l’économie des plateformes. Les livreurs à vélo doivent-ils subir ce que l’algorithme leur impose ? « Mais l’algorithme fait seulement ce que d’autres humains lui ont fixé pour objectif, relève Michel Héry. Nous avons trop souvent tendance à abdiquer derrière la technologie alors qu’elle procède toujours du choix d’acteurs économiques. »

Demain, l’inspection du travail devra mettre son nez sous le capot des logiciels. L’avenir des métiers n’est donc pas seulement lié aux innovations technologiques, mais à l’usage qu’on décide d’en faire. Daniel Kaplan, explorateur du futur et cofondateur de l’Université de la pluralité, remarque : « Il serait absurde de dire : cela va se passer comme cela. Ce serait une manière de dépolitiser le futur. Rien n’arrive tout seul ! »

En revanche, le dérèglement climatique s’imposera aux acteurs économiques. « Il provoquera des changements structurels. Il y aura des incertitudes sur l’approvisionnement en matières premières et en énergie. Ce qui est acceptable aujourd’hui ne le sera plus demain, notamment en matière de distances et de transports. »

Il n’est donc pas certain que l’économie de l’intelligence artificielle et du big data se généralisera comme nous l’anticipons, car le traitement informatique de ces masses colossales de données est énergivore : « Les entreprises devront au contraire apprendre la frugalité : produire mieux, avec moins ! »

Les métiers de demain seront donc aussi ceux du recyclage, de la production locale. Léopold, une fois sa journée de travail terminée, ira cultiver son potager.

Source : L’Obs par Baptiste Legrand

 

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